

ComplotL’étranger posa une enveloppe sur le bureau impeccable du banquier. Eric Zu Abtel hésita l’espace d’un instant. Une sensation étrange et désagréable s’était emparée de lui depuis que cet homme a l’air pourtant avenant été entré dans son office.
Le banquier réprima un tremblement ; l’étranger avait dis s’appeler Antoine de Melis, mais ce nom était certainement un nom d’emprunt. Eric posa ses deux mains sur le bois précieux de son bureau. Son office était impeccablement rangé. A sa droite, les dossiers de prêts en cours pour l’école de nouvelles technologies côtoyaient les demandes de délais de différents créanciers en difficultés. A sa gauche, une lampe à huile ouvragée donnait juste ce qu’il fallait de lumière pour éclairer la grande pièce savamment décorée de riches tentures et d’austères portraits de sa famille.
Sous la lampe à huile, Eric savait qu’une petite cache contenait un pistolet. Discret et efficace ; la question était de savoir s’il aurait le temps de s’en saisir en cas de… Eric préféra ne pas y penser.
Le gros banquier observa cet homme qu’il n’avait jamais rencontré auparavant. Grand, fin, les yeux bleus, avec un visage élancé et un sourire parfaitement charmeur. Vêtu de somptueux vêtement, il semblait parfaitement à son aise dans le siège capitonné de l’office. Mais quelque chose irradiait de cet homme. Trop souriant, trop à son aise, trop… Et cette enveloppe ?
Zu Abtel tendit lentement la main au-dessus de son bureau, avant de saisir l’enveloppe blanche. Le sceau apposé dessus lui était inconnu, une épée et un marteau brisé. Le banquier regarda une fois de plus le visage de l’étranger ; aucun mot n’avait été échangé jusqu’alors, et le malaise du banquier ne fit que croître lorsqu’il décacheta l’enveloppe. A l’intérieur de celle-ci, un unique feuillet. Zu Abtel s’en empara précautionneusement et le déplia. Une liste de non. Steimer, Olfgaf, Von Nichtennoy… La liste était longue. Très longue. Tous étaient de ses clients, fortunés et hauts placés. Zu Abtel leva les yeux vers le visage du jeune homme. Ce dernier ne souriait plus du tout.
Zu Abtel reposa la feuille sur son bureau. La sueur perlait sur son front, et jamais son col ne s’était fait aussi serré. Le banquier jeta un œil inquiet vers la cache de son arme, mais la peur le clouait sur place.
L’étranger n’avait toujours pas ouvert la bouche. Pourtant, il avait légèrement bougé de position. Un peu plus penché en avant, son regard perçant braqué sur lui ; l’air d’un prédateur prêt à fondre sur sa proie.
Le banquier déglutit difficilement, et décida de prendre la parole.
« M. Mélis, j’avoue que j’ai du mal à comprendre. »
Les mots finirent par s’étrangler dans sa gorge ; un silence lourd et pesant s’installa dans la pièce, savamment entretenu par cet homme. Quelques minutes s’écoulèrent. Zu Abtel en profita pour rassembler son courage défaillant.
« Ecoutez M. Mélis. Mon temps est précieux ; je vous demanderai donc de bien vouloir sortir de mon bureau et…
- J’exige la liste des comptes de ces personnes, M. Zu Abtel. Je l’exige maintenant. »Le gros banquier manqua de s’étouffer. La voix de cet homme était particulièrement douce, tranchant totalement avec l’impression étouffante qu’il instillait dans la pièce depuis le début de l’entrevu.
L’instant de surprise disparu, Eric se pencha en avant, posant ses coudes sur son bureau, un sourire léger sur les commissures de ces lèvres. Cet homme n’était autre qu’un fou, il en était maintenant certain.
« M. Mélis, je crains que nous ne nous comprenions pas. Il m’est parfaitement impossible de… »
La porte de l’office s’ouvrit d’un coup, laissant entrer trois hommes en armure noire et rouge. Trois soldats frappés du sceau de la balance aveugle. Zu abtel se recula dans son fauteuil, pétrifié de terreur. Il voulut parler, mais l’homme en face de lui l’interrompit.
« Nous ne nous comprenons effectivement pas M. Zu Abtel. Mais je vais éclaircir la situation ; vous allez me remettre la liste des comptes de ces personnes, puis vous nous suivrez à la cathédrale d’Altdorf. Par décret du grand Theogoniste, moi, l’inquisiteur Antoine de Mélissandre, vous arrête pour complot contre l’Empire, implication dans un secte interdite et implication dans une invocation démoniaque. Suivez-nous sans résistance. Vous êtes perdu. »
Zu Abtel n’eut pas le temps de saisir son arme.
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