

Avant GardeLe ciel était d'un bleu céruléen, et pas un nuage ne l'entachait d'un blanc cotonneux. Les mornes collines à l'infini déroulaient leurs pentes verdoyantes, tachetées ici et là du pourpre des coquelicots. Quelques abeilles s'activaient et l'air bourdonnait de leur chant crissant.
C'était une belle, très belle journée de début d'été. Rien ne venait troubler ce paysage idyllique. Pourtant un je-ne-sais-quoi était palpable, comme une sourde rumeur venue des abysses terrestres. Une tension s'élevait, la terre criait « Attention !! » le ciel soufflait « Méfiance ».
La rumeur s'amplifiait, et distinctement se fit entendre le lourd galop des destriers de guerre. Au sommet d'une colline, apparut une longue colonne de cavaliers. Le soleil faisait luire leurs armures de mille et mille feux, et personne ne pouvait regarder longtemps ce spectacle majestueux et puissant. Les fières bannières claquaient au vent de la cavalcade, et les sonneurs brisaient le silence de cette journée par des notes martiales et agressives.
En tête, le Baron Pierre de Mortes-eaux, entouré de sa garde, avait un oeil vigilant. Ici le calme était trompeur et de sanglants combats avaient déjà eu lieu. Les cavaliers du Boyard Swenn Lorinsonn guidaient les chevaliers Bretonniens, et à maintes occasions avaient permis de mener des attaques éclairs contre des trains de ravitaillement. Ces interventions permirent de libérer des centaines d'esclaves des griffes noires d'Archaon et de ses sbires. Malheureusement ce n'était qu'à peine une goutte d'eau dans un océan infini d’horreurs et de dévastation.
Brusquement le cri d'un faucon retentit, et à quelques jets de pierre, un homme apparut comme par magie. Il fit signe à la colonne de se préparer au combat. Trois notes furent claironnées, et les chevaliers adoptèrent la formation du célèbre fer de lance. La précision de la manoeuvre et sa rapidité d'exécution impressionnaient toujours les irréguliers Kislévites habitués au combat en formation lâche et au harcèlement avec leurs arcs composites.
Peu après l'objectif apparut dans un nuage de poussière, de lourds chariots traînés par des boeufs, et de lourds chevaux. Des fantassins portant la marque d’un dieu interdit peinaient dans le chemin défoncé d’ornières, quelques cavaliers vêtus de broignes rouillées fermaient la marche. Des ordres brefs furent aboyés.
« Cette cible est indigne de nous. Mais que la volonté de Sire Louen soit faite » pensa Pierre avant de baisser son heaume.
La formation se rua sur l'ennemi embarrassé par son charroi et remonta la colonne telle la marrée sur le rivage de Bordeleaux. La charge dégénéra rapidement dans une mêlée générale où les maraudeurs résistaient avec l’énergie du désespoir, incapables de percer les armures bénies de la jeune noblesse.
Ici et là les esclaves, humains, elfes, voire nains saisirent l’occasion et se saisirent des armées tombées au sol pour se retourner contre leurs anciens maîtres. Le combat sous la double lueur du Soleil et de Morslieb fut rapide, sale et confus.
Pierre de Mortes-eaux tint à examiner les quelques prisonniers. Ceux qui renonçaient au chaos étaient graciés et enrôlés dans les rangs des combattants de la lumière pour prouver leur volonté de rédemption. Mais ce n'était qu'une infime minorité.
La victoire d'aujourd'hui n'était qu'une pauvre luciole dans la nuit, mais l'espoir demeurait.

La reproduction de ce site est illégale sans autorisation.
Darkmillenium © 2007-2008