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L’Inévitable Déclin

Une volée de flèches s’abattit dans les rangs des maraudeurs. Ellyon abaissa de nouveau les commandes de sa baliste à répétition, déclenchant les tirs de sa redoutable machine. Les traits filèrent dans le vent tels les serres de l’aigle, leur chant de mort résonnant pareil à un avertissement aux impudents osant défier la puissante Ulthuan.

Les traits mortels pénétrèrent la chair des humains avec facilité, jetant ceux ci au sol par poignées. Ces chiens paniquèrent face à la puissance de l’armée du prince, avant de s’enfuir, tournant le dos aux arcs des compagnies de ses frères. Une grêle de projectiles s’abattit de nouveau, fauchant les adorateurs du Chaos par dizaines.

Comment ces frêles mortels pouvaient-ils espérer pouvoir défier la puissance de son peuple millénaire ? Ellyon rechargea la baliste, son frère s’occupant des derniers réglages. Les rangs interminables de guerriers en cotte de mailles s’étendaient à perte de vue, transformant la plaine en une mer d’argent. Les milliers de pointes de lances s’élançaient vers les cieux, symbole de la toute puissance des osts du Roi Phénix. Des centaines de filsdes maisons nobles patientaient calmement sur les majestueux coursiers de leurs vertes terres. Leurs armures brillaient au zénith du soleil, renvoyant les reflets des saphirs et joyaux incrustés dans leurs fines armoiries.

La fierté gonfla le coeur de l’Asur, tandis que l’ost, dans son ensemble, entama un chant de victoire. Seuls, légèrement retirés sur l’arrière, les gardiens de la flamme d’Asuryan conservaient le silence. La résignation et la douleur se lisaient sur leurs traits, comme le voulait le poids de leur serment. Ils répandaient une aura de malédiction, leur silence éternel résonnant dans le coeur de leurs frères comme une menace silencieuse.Celle du destin inévitable.

Ellyon sortit de ses rêveries morbides. Le peuple des Asurs ne pouvait échouer, car c’était sa destinée que de régir le monde. Ils étaient le peuple élu des Dieux. Rien ne pourrait jamais les détourner de leur chemin. Un voile de nuages obscurcit soudain le soleil. Les reflets d’or et d’argent de l’armée elfique se ternirent lentement, alors que les ténèbres envahissaient peu à peu la plaine verdoyante. Un léger brouillard blanchâtre monta de l’herbe, alors que le bruit lointain mais lugubre des tambours commençait à se faire entendre.

Ellyon tomba en arrière. Son frère gisait à ses côtés, agité d’atroces convulsions alors que des bubons emplis de pus apparaissaient partout sur son corps. Du sang s’écoula de ses yeux laiteux, avant qu’il ne s’immobilise pour l’éternité. Le jeune Asur se couvrit la bouche de sa main, alors que l’odeur de la putréfaction se répandait déjà du corps sans vie de son défunt frère. La horde de pustuleux s’abattait depuis plusieurs heures déjà sur les rangs disciplinés des fils d’Ulthuan.

L’or et l’argent étaient tachés de sang alors que leurs lances perçaient les armures rouillées et les chairs pourries, mais les disciples du dieu de la Maladie répandaient mort et infection dans les rangs des elfes. Le prince Yngnem dirigeait ses soldats d’une main de maître, mais les cohortes de guerriers malades semblaient ignorer chacun des coups de l’ost elfique. Ellyon se remit péniblement sur pied. Bizarrement, la mort de son frère le laissait indifférent ; ses gestes répétés des milliers de fois semblaient s’accomplir d’eux-mêmes alors qu’il réarmait la ‘Griffe d’aigle’.

Les traits mortels que lui et ses frères déversaient sans cesse sur leurs adversaires emportaient dans l’au-delà des centaines d’entre eux, mais leur nombre ne semblait jamais baisser. Le général aux commandes de l’ombre du Nord, un être au corps muté au-delà de l’imagination, envoyait ses esclaves mourir sans une seule hésitation ; les maladies que répandaient les adorateurs du Chaos en expirant ravageaient les rangs elfiques autant que les épées qu’ils maniaient.

Ellyon lâcha une nouvelle volée de carreaux, qui vint se perdre dans la masse des combats, fauchant sûrement une poignée supplémentaire d’adversaires, mais il y en avait tant !

Le désespoir étreignait désormais le coeur de l’Asur ! Que pouvaient les élus des Dieux face à la bestialité des animaux humains ? Cette espèce mortelle et futile ravageait les rangs des siens dans un aveuglement brutal ; le sang qu’ils répandaient, les vies qu’ils ôtaient… tout cela au nom de dieux cruels et maléfiques. Quelle folie ! Le jeune Asur comprit soudain une partie du poids de la malédiction qui pesait sur les épaules des gardes phénix.

Condamnés au silence éternel et à connaître le futur ; ce futur, celui de la lente mort du peuple haut elfe, celui du déclin des siens. Chaque elfe qui tombait, chaque guerrier qui expirait faisait partie du vaste ensemble des fils d’Asuryan. Le désespoir qui émanait des gardes phénix provenait du poids de la connaissance du futur, de la mort de chacun de leurs frères.

De la mort de chacun d’entre d’eux. Ellyon rechargea son arme. Mais si eux continuaient le combat, alors lui aussi ferait de même. Car malgré la souffrance du destin, son peuple était destiné à diriger.

Remarque
Cette nouvelle est extrait du Liber Fanaticus n°6.
 

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