

Le Journal de Wolf Kandid« Cher journal,
Je me suis enfin décidé à partir de notre bonne capitale tenter ma chance. Je suis sûr que l’Université de Marienburg a besoin d’un spécialiste en civilisations outre océan, et je sens que j’ai ma place là-bas ! Je ne te cache pas combien je suis tout émoustillé à l’idée d’entrer en vedette dans la grande ville qui n’attend que moi. Bien sûr, je ne connais encore personne à Marienburg, mais je crois fort en mon étoile, et je sais que j’y arriverai. Je sais que le voyage sera long, mais on n’a rien sans rien. Je me suis arrêté dans une petite auberge sur la route. Une joyeuse bande de quatre voyageurs s’est gentiment jointe à moi, ils me font la conversation, au moins je ne m’ennuie pas, je leur parle de mes projets, et de ma fortune personnelle. J’ai dû cacher ces nouveaux compagnons dans ma chambre lorsque les Patrouilleurs Ruraux sont passés boire leur bière, car mes amis voulaient jouer une bonne farce toute gentille à une grosse dame qui se rendait à Altdorf, et il ne fallait pas que d’autres personnes intervinssent (où serait la surprise sinon ?). Ils ont mis de petits paquets dans la diligence de la dame (sûrement des boîtes à musique ou quelque belle horlogerie de collection, j’en ai entendu le « tic-tac »). Je leur ai demandé pourquoi ne pas les lui donner en mains propres, mais ils m’ont dit que comme ça, demain soir, sur la route, elle les trouvera toute seule et aura une belle surprise. Les braves gens ! Il devrait y avoir plus de bonnes âmes comme celles-ci sur notre monde.
« Nous sommes donc partis, avec mes trois compères (le quatrième est resté dormir à l’auberge, car il a passé une mauvaise nuit, sûrement des cauchemars, je l’ai entendu hurler dans sa chambre, c’était horrible, on aurait dit un cochon qu’on égorgeait), et, tiens-toi bien mon journal, avec les chevaux d’un écuyer qui avait passé la nuit à l’auberge ! Quelle audace (j’en suis encore tout remué) !
Un de mes nouveaux amis m’a dit que ces chevaux étaient très intelligents, et qu’ils reviendraient dans l’écurie tout seuls ! Les deux autres ont ri, et moi aussi, même si en riant je n’ai pas vu une branche qui dépassait sur le chemin et qui m’a fouetté le visage, me laissant une belle balafre. Ça me fera une cicatrice que je pourrai montrer aux filles de retour au village, je leur ferai croire que j’ai affronté quelque tire-laine en maraude ou même, soyons fous, un gobelin !
« Cher journal, La suite de notre voyage fut monotone, nous allions de relais en relais, en prenant soin toutefois de n’emprunter que des chevaux « intelligents » pour chaque voyage. J’offrais d’ailleurs le repas à mes amis à chaque fois que nous nous arrêtions, ma bourse étant pleine, je n’ai pas eu de mal à subvenir à nos besoins. Je leur devais bien cela, car j’ignorais le chemin pour me rendre à Marienburg.
« Cher journal, Nous sommes enfin arrivés à Marienburg cet après-midi ! Ces grands bâtiments, ces grandes rues, ce monde, tout est dépaysant. Et l’océan ! Je n’avais jamais vu l’océan de ma vie ! Quelle expérience enrichissante ! Un de mes amis m’a conseillé de cacher ma bourse, car les rues étaient pleines de vide-goussets… C’est bien une grande ville, tiens… Prudence prudence, cher journal, je m’en serais voulu de te perdre toi aussi. Cela dit, vivre au milieu de bandits n’était pas fait pour me rassurer, heureusement que j’étais bien entouré !Un soir, mes amis m’ont invité à dîner dans une auberge chaleureuse près d’un quai. Cela tombait bien, car j’avais perdu ma bourse dans l’après-midi. Fidèles compagnons, toujours prêts à aider un ami dans le besoin, ils avaient d’ailleurs une bourse de la même couleur que la mienne. Quelle coïncidence, ils en vendaient donc des semblables aussi à Marienburg ?
« Le vin que j’ai bu ce soir là m’a fait vraiment mal au crâne. C’est que je tiens assez bien l’alcool d’habitude (enfin je crois, je n’y ai jamais goûté), et après avoir porté le verre à mes lèvres, j’ai eu la sensation d’un grand coup sur le crâne ! J’ignorais que les grands crus étaient si corsés. Lorsque je me suis réveillé le lendemain matin, j’avais mal au coeur ! Je n’étais vraiment pas bien, d’ailleurs j’avais l’impression de tanguer tout seul. Mais ma chambre ne ressemblait pas à celle de l’auberge. Il y avait une petite fenêtre ronde. Je suis allé voir, à tout hasard, s’il n’y avait pas trace de mes amis. Et là je compris tout.
« Cher journal, J’étais à bord d’un navire ! Moi qui n’avais jamais pris la mer ! Mes compagnons de route, certainement pour me remercier de ma charmante compagnie, m’avaient offert un voyage sur un navire ! Vrai, j’étais agréablement surpris, et je me disais que l’Université pouvait attendre, car de telles occasions de voir du pays ne se présentent pas deux fois. Je voulais sortir de ma « cabine » (je connais un peu le vocabulaire marin, sans vouloir me vanter), mais le loquet de ma porte était coincé ! Pas de chance, j’étais tombé sur une serrure défectueuse ! Je cognai pour qu’on vienne m’ouvrir, lorsqu’un cliquetis vint à bout de la serrure récalcitrante. Un gros moustachu apparut alors sur le seuil, et me tendit mon repas – sur un plateau – qui consistait en une appétissante miche de pain et un mystérieux breuvage dans un pichet de terre cuite. Je demandai s’il s’agissait de ce fameux pain elfique, l’intendant me répondit que oui, et qu’il y avait du vin de Bordeleaux dans mon broc, il éructa (le cochon !), éclata de rire, puis partit en me lançant un gâteau, qui atterrit sur mon pied (mon pied marin ?). Je n’ai pas mangé mon gâteau, aussi dur et lourd qu’un roc (mon pied en témoigne), car le pain elfique, bien qu’un peu sec, m’a bien rempli l’estomac. Je crois que le soir tombe, et je vais avoir du mal à écrire davantage, cher journal. Je te laisse donc ce soir, je vais me glisser dans mon chaud drap de paille avec mes petits amis les rats. Bonne nuit cher journal, et sache que, même si j’éprouve un certain réconfort parmi les rongeurs, c’est bien toi mon meilleur ami.
Ton copain, Wolf »
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