

Évolution des armures et des protectionsLe chevalier ne sort pas de nulle part. Avant l'arrivée de « l'armure moyenâgeuse » sur le champ de bataille, les descendants des migrants barbares, c'est-à-dire les Saxons, les Pictes, les Francs, les Goths de toutes sortes, les Lombards, les Vandales… ont essayé nombre de combinaisons défensives. La première défense spécifique est l'armure de cuir. On essaye de l'améliorer en la cloutant.
Cette renaissance des armures de métal est aussi logique lorsqu'on considère la situation économique de la période. De 400 à 900, les mines ferment faute de stabilité, le métal est rare et cher. La purification du fer est toujours aussi laborieuse. A partir d'une loupe (la température n'est pas suffisante pour créer une coulée de métal en fusion telle que nous la connaissons) composée de fer et de scories, il faut purifier la matière par martelage à chaud, ce qui exige plusieurs réchauffes et une dépense énorme de combustible. La transformation du fer en acier par cémentation est très empirique et imparfaite. Au IXième siècle se diffuse le procédé de fonte dit de « four catalan », qui augmente la taille de chaque coulée, mais n'améliore pas la qualité.
La broigne est citée dans les capitulaires de Charlemagne. Elle est composée de petites plaques de fer circulaires ou carrées rivées sur un support de cuir ou de forte toile de lin. On voit ensuite apparaître une version plus lourde où les écailles se chevauchent et recouvrent le rivet, ce qui diminue le risque de casse. Cette protection est très lourde et protège uniquement le torse.
Vers 800-900, la broigne s'allonge, recouvre les cuisses et se voit dotée de débuts de manches. Elle est cependant très lourde et fatigante à porter, ce qui restreint son utilisation à de riches cavaliers.
La broigne treillissée est l'armure de cuir cloutée. En parlant d'armure de cuir, oublions les lieux communs. Une armure de cuir est très rigide. Le cuir est bouilli dans l'huile et mis en forme. Une armure de cuir clouté est tout le contraire: le cuir doit être le plus souple possible. Il n'est que le support de la protection composée de centaines de clous (ou plus exactement de rivets à tête large) formant un revêtement flexible efficace contre les coups d'estoc et de taille. Il est donc hors de question de transformer une armure de cuir en cuir cloutée puisque les techniques sont radicalement différentes. Cette armure est moins chère, mais moins protectrice. Il ne faut pas la confondre avec la besantine, qui est l'armure de cuir cloutée du bas moyen âge.
Puis on passe à l'étape ultérieure en cousant dessus des écailles de métal superposées, faciles à produire (il suffit d'un forgeron capable de marteler des plaques) et d'un peu tous les métaux et alliages: le jaseran. Remarquons d'ailleurs que cette armure était celle des troupes auxiliaires des romains.
Petit à petit, l'idée d'anneaux fait son chemin (ou plutôt est redécouverte puisque les romains connaissaient déjà la cotte de maille), d'abord sous la forme de grands anneaux cousus à de la forte toile ou à du cuir, puis à des anneaux liés les uns aux autres, puis enfin à des anneaux formant des pièces d'habillement complètes. Il s'agit de la broigne treslie qui est l'ancêtre de la cotte de maille.
Pour éviter les mélanges malheureux, rappelons les termes : la « cotte de maille » (qui est le mot moderne) s'appelle jaseran jusqu'au XIIIième, s'appelle haubert par la suite et est plus ou moins équivalent à la broigne treslie.
Sa fabrication est incroyablement chère selon les critères de l'époque et elle n'équipe qu'une infime minorité. Elle est plus légère et plus souple que la broigne, mais moins résistante. En contrepartie, il est plus facile de l'allonger et de protéger les membres. Pour bien se rendre compte du coût de cet équipement, il faut se rappeler que Charlemagne impose la possession de la broigne uniquement chez les propriétaires de plus de 12 manses (soit 150 hectares).
Evidemment, les modèles sont innombrables et les spécialistes sauront différencier les variantes locales de broignes: maille annelée, maille quasiguesnée, maille cloutée, maille rustrée… Quelques protections plus originales apparaissent ou perdurent même ici et là. Les thorax, des cuirasses de fer ressemblant aux plaques pectorales romaines ou les lorica, leur équivalent en cuir bouilli protègent les grands du IXième siècle.
Le bouclier est circulaire au début de la période, selon la mode nordique. Il se transforme progressivement pour atteindre une forme d'arc d'ogive.
La tête des puissants est souvent couverte d'un camail, qui est une coiffe en mailles fines et de bonne qualité. Le camail est relativement confortable (l'air circule correctement) et protège bien des coups de taille (le coup d'estoc et le coup contondant sont plus dangereux à cause de l'effet de choc et du risque d'étourdissement).
Un casque complète souvent l'équipement. Celui-ci est d'abord dénué de protection nasale, mais rapidement un nasal vient s'ajouter car on risque de se faire trancher le nez lorsqu'un coup d'épée ripe sur le casque.
Le casque, sujet à d'innombrables variantes, a une forme répondant à une contrainte souvent oubliée : il est impossible de le mettre en forme d'un seul tenant par martelage s'il comprend plus qu'une simple calotte. Plus précisément, il a une forme géométrique « non développable », c'est à dire qu'aucune découpe ne permet de rendre sa forme à plat. Par exemple, un cône est développable, une sphère ne l'est pas. Le problème devient encore plus aigu lorsqu'on veut ajouter des protèges nuques ou des pièces à surface convexe. Pour passer de la forme brute à la pièce, il faut donc relier les différentes parties développables par rivetage (ou soudure, même si les températures de l'époque auraient obligé à l'apport de métaux à point de fusion bas).
La forme la plus usitée est la calotte obtenue par martelage d'une pièce de bronze en forme de disque, rivetée en place et sans décoration. En effet, les cornes et autres ornements risquent d'accrocher la lame de l'adversaire. Quelques modèles, surtout de cavalerie, incluent des protèges joues. Les calottes de fer, métal plus difficile à travailler, sont obtenues par le rivetage de plusieurs pans renforcés à leur base par un cerclage de fer. La taille du couvre nuque rapporté (plus grand chez les fantassins risquant des coups de haut en bas) dépend des modes locales. Ce casque est aussi appelé cervelière ou morion carolingien lorsqu'il s'agit d'une calotte sans protège nuque.
C'est encore le temps des raids vikings qui, s'ils portent effectivement le grand bouclier circulaire, ne connaissent pas les armures dont le cinéma les affuble. Pour des raisons purement pratiques, nous imaginons bien qu'une armure de métal, pour un marin (d'où risque de se trouver à l'eau), naviguant sur l'eau salée (rouille et corrosion) amateur de raids rapides (où le poids est l'ennemi) n'est pas efficace. Ceci n'empêche pourtant pas les vikings sédentarisés (Irlande et Normandie, par exemple), d'adopter rapidement les coutumes locales.
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