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ImprimerEnvoyer le dossier à un amiKhazad Zhuf, Le fort de la chute d'eau

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Chapitre 2

La forteresse de Khazad Zhuf a donc vu le jour au Nord de Karak Norn, à quelques heures de routes à peine.

La forteresse ne naquit pas en tant que telle, car seule une petite communauté de nains s’installa dans les grottes découvertes par Snorri ; ce dernier mena personnellement les colons dans leur implantation. Les premiers souterrains furent travaillés par les nains pour devenir habitables, tandis qu’en surface, les premières fortifications de ce qui allait devenir un point essentiel de la défense de la région se mettaient en place.

Bien que moins optimiste que son ami Snorri, le thane Durgrin Ironfoot reconnut les qualités défensives de la région ; malgré les expéditions récurrentes des nains, destinées à nettoyer la région, la vermine verte et autres continuaient à persister et faisaient peser une pression constante sur les nains.

Une série de tours et de fortins furent érigés, afin de constituer une chaîne d’alarme et de défense susceptible de protéger efficacement les forteresses de la région. Cependant, la guerre permanente dans les forteresses du Sud drainait continuellement une vaste part des ressources disponibles, empêchant les nains de parachever leur œuvre, ce qui faillit leur être fatal.

Six années après l’implantation des premiers colons dans le futur site de Khazad Zhuf, une horde de bêtes jaillit des montagnes du Nord, déferlant sur les plaines de l’Empire en contre-bas et aux limites des territoires nains de la région.

Ces créatures, résultat de mutations chaotiques, étaient menées par de puissants dragons-ogres ; ces monstres redoutables semaient la désolation sur leur passage, et de nombreux convois nains furent perdus alors qu’ils étaient sur le point de regagner leurs demeures.

Désireux d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce péril, Snorri Longue-barbe mena une petite expédition de guerriers à travers la montagne, pour localiser les créatures qui dirigeaient cette horde, afin de revenir ultérieurement avec des renforts. Hélas pour eux, les chasseurs devinrent les proies, et Snorri périt dans une embuscade tendue par la plus puissante des créatures de cette horde, un shaggoth dénommé le ‘Maître des fauves’.

Les rares survivants de l’embuscade rejoignirent les avant-postes nains ; complètements exténués, grièvement blessés, ils firent le récit d’une vaste horde d’hommes-bêtes indestructible. Les troupes limitrophes de l’Empire avaient été écrasées sans véritable résistance, mais l’expédition de Snorri détourna l’attention des bêtes mutées vers les nains, au grand dam de ceux-ci.

Alors qu’une armée était en train d’être levée à Karak Norn, les premières bâtisses de défense situées légèrement au Nord de la colonie fondée par le défunt Snorri furent prises d’assaut et jetées à bas. En tentant de harceler la horde, les rangers furent rapidement taillés en pièces, et bientôt seule une poignée de nains séparaient encore Karak Norn des hommes-bêtes.

Ce fut le début de la glorieuse histoire de Khazad Zhuf.

Alors que l’armée menée par le Maître des fauves avançait vers Karak Norn, une petite unité de combattants menée par Durgrin Ironfoot lança une série d’attaques destinée à ralentir leurs adversaires. D’abord indifférents envers ces piqûres de moustiques, les dragons-ogres menant l’armée au combat commencèrent à subir quelques difficultés dans leur progression lorsque des portions de route entières s’effondrèrent sous leurs pas, ou lorsque les seules routes accessibles se retrouvèrent complètement obstruées par des tonnes de rocs.

Le Maître des fauves ordonna que les nains responsables de ces embuscades soient abattus ; hélas pour lui, Durgrin était un génie de la guerre de harcèlement et put ainsi échapper aux nombreux pièges tendus par le shaggoth. Pourtant quelques-uns de ses hommes furent capturés, et sous la torture, révélèrent l’emplacement de la petite colonie menée par Durgrin.

Décidé à éliminer toute menace sur ses arrières, le bestial général mena sa horde contre le thane et les siens. Profondément enterrés dans leurs demeures de pierre, les nains s’apprêtèrent à mourir en emportant le maximum d’adversaires avec eux.

Heureusement pour les nains, la physiologie des grottes découvertes par Snorri avait bien changé, et de nombreux ouvrages défensifs parsemaient les abords de l’entrée de la petite colonie. La cataracte qui s’écoulait au devant de l’entrée des grottes avait été détournée pour créer un lac artificiel au-dessus de la nouvelle entrée, creusée et agrandie au fil de ces quelques années. Les premières grottes avaient été transformées en halls, qui, s’ils n’égalaient ni la grandeur ni la beauté des halls séculaires des forteresses du Sud, montraient déjà clairement l’amour que portaient les colons à cette demeure de pierre. Des fines gravures décoraient les nombreux piliers en construction, tandis que de nombreuses torches accrochées à des supports de bronze chassaient enfin l’obscurité de ces lieux si longtemps oubliés. Les premiers tunnels menant aux gisements de fer, d’or et de charbon s’élargissaient de jour en jour, et les cris de joie des premiers nanillons de la colonie se répercutaient d’une paroi à l’autre, malgré la froide résolution des guerriers du clan de défendre leurs frères, au péril de leur vie…

L’assaut des bêtes débuta de nuit, au milieu d’un terrible orage qui cachait la pâle lueur des deux lunes. Les avants-postes nains furent submergés, au terme d’un combat aussi bref que sanglant ; dans l’incapacité de viser avec efficacité, les fils de Grungni ne purent empêcher la masse de leurs adversaires d’atteindre leurs défenses.

Complètement débordés, en très large infériorité numérique, les nains allaient être écrasés lorsque le cor de guerre de Durgrin retentit. A la tête d’une petite poignée de guerriers, il mena une contre-attaque inspirée sur le flanc de l’avant garde de la horde, créant un tourbillon de panique.

Les hommes-bêtes furent repoussés des défenses naines, nombre d’entre eux étant poussés dans le précipice jouxtant l’approche de la colonie. Pourtant, le thane ne chercha pas à consolider son avantage, et profitant d’un bref répit dans les combats, mena ses guerriers et la poignée de survivants des défenses extérieures vers la seconde ligne de défense.

Bien lui en prit, car les dragons-ogres au service du Maître des fauves n’avaient lancé cet assaut que pour forcer les nains à sortir à terrain découvert, et là, les écraser. Leur ruse ayant échoué, les monstres mutés attendirent que le gros de leur horde se rassemble pour repartir au combat. Le Maître des fauves restait invisible, mais son simple nom poussait ses esclaves à se battre avec une rage incomparable.

La seconde ligne de défense des nains tint jusqu’au lever du jour. Des monceaux de cadavres, tant de bêtes que des fils de Grungni, s’entassaient devant les ouvrages défensifs des nains. Cà et là, des fosses garnies de pieux avaient été comblées par les cadavres des ungors ; les mines posées par les nains avaient créé des ravages, et des dizaines de guerriers hommes-bêtes avaient péri lorsque du bronze bouillant leur fut déversé dessus. Pourtant, malgré la défense acharnée des nains, des dizaines d’entre eux gisaient sans vie, les armes rouillées de leurs adversaires ayant prélevé un très lourd tribut dans leurs rangs. En à peine une nuit de combat, près d’un nain sur trois avait péri ou était blessé.

Le thane Durgrin rallia les survivants du combat, pour se replier dans l’entrée de la grotte, qui fut fortifiée à la hâte. Sur son ordre, les femmes et les enfants se préparèrent à emprunter les passages menant à l’extérieur, pour échapper aux hordes de bêtes : Durgrin savait parfaitement que ses maigres troupes, aussi gros un nain fut-il, ne pourraient guère tenir plus que quelques heures. La petite colonie était perdue d’avance, et le thane voulait à tout prix sauver les familles qui pouvaient l’être.

Quelques blessés ne pouvant plus guère combattre accompagnèrent les fuyards sur la route de Karak Norn, et le véritable siège put enfin commencer.

Le lendemain, et pendant près d’une semaine, les hommes-bêtes montèrent à l’assaut des dernières défenses naines. Celles-ci, tenues par des défenseurs fermement résolus à faire payer le prix fort à leurs agresseurs, tenaient bon envers et contre tout. Les hommes-bêtes rivalisaient de ruse pour faire céder les défenseurs en nombre toujours plus réduit, et le sang nain ne cessa de couler au grand dam de leurs dieux. Mais ceux-ci inspiraient le courage et la résolution des nains encore en vie, qui broyaient têtes et os à l’aide de leurs grands marteaux. Les armes à poudre se turent bien vite, lorsque les munitions firent défaut, tout comme les arbalètes qui cessèrent de semer la mort lorsque tous les carreaux furent tirés. Les armures étaient ébréchées, les boucliers fendus, et les armes brisées, mais les nains tenaient bon.

Pourtant, moins d’un nain sur dix était encore en vie au matin du septième jour, et les survivants étaient à bout. Résigné à mourir de la façon la plus glorieuse possible, Durgrin imagina durant la nuit une ruse lui permettant non seulement de rejoindre ses ancêtres avec fierté, mais aussi d’emporter le plus grand nombre d’ennemis avec lui.

A matin, Durgrin s’avança hors des défenses, accompagné d’un petit contingent, les survivants de son clan. Moins de dix nains. Les autres survivants réparaient tant bien que mal les fortifications mal en point en prévision de la curée qui s’annonçait.

Debout au milieu d’un champ de bataille ravagé, son armure fendue et couverte du sang des bêtes qu’il avait abattues tout au long du siège, Durgrin fit sonner son cor, dont le son se répercuta longuement dans la montagne. Par trois fois encore, le son du cor résonna dans l’air glacé de l’aube. Par trois fois, le vaillant nain lança un défi au Maître des fauves, le défiant de s’avancer pour l’affronter en un combat singulier.

Alors qu’il allait sonner une quatrième fois, une ombre immense s’avança dans l’entrée de la caverne. Une ombre gigantesque, à la peau couleur ocre. Les yeux du monstre brûlaient d’un feu intérieur, tandis que ses bras multiples maniaient de nombreux fléaux aux formes atroces. Le symbole du dieu de la guerre était gravé sur chacune de ses armes, et du sang dégoulinait en permanence de ses gigantesques mains.

Une vague de terreur parcourut les rangs de la petite troupe, alors que le Maître des fauves s’élançait vers eux, accompagné par sa propre garde rapprochée, de redoutables dragons-ogres. Les fils de Grungni se ressaisirent avant le choc, apprêtant leurs bras pour ce dernier combat qui s’annonçait.

Les monstruosités mutantes massacrèrent le petit contingent, un nain après l’autre. Les haches et les marteaux des guerriers de Durgrin ne parvenaient pas à abattre les gigantesques bêtes, celles-ci répandant en revanche le sang nain avec une facilité déconcertante.

La garde du thane tomba près de leur seigneur ; l’un après l’autre, les fils de Grungni s’effondrèrent l’arme au poing, leur devoir rempli, leur esprit en paix. Bien vite, il ne resta plus que Durgrin debout, face au Maître des fauves.

Le nain se lança en avant, son arme au clair, pour son ultime combat. Le Maître des fauves joua longuement avec le nain, avant de l’achever cruellement de ses fléaux maudits. Pourtant, Durgrin tomba le sourire aux lèvres, alors que le cri de victoire du shaggoth se répercutait dans la grotte. Cruel. Terrible.

Une immense explosion recouvrit la voix du monstre, avant qu’une masse d’eau impossible à endiguer ne chût sur le shaggoth et ses gardes du corps. Des flots en furie emportèrent le monstre et ses sbires vers le précipice proche, les y plongeant avec de nombres gors et ungors qui s’étaient imprudemment approchés.

Profitant de la nuit, une petite unité de guerriers avait rassemblé toute la poudre restante aux nains, pour faire sauter le lac artificiel créé pour retenir la cataracte. Celle-ci se déversa dès lors telle la fureur du Dieu Grimnir sur ses ennemis.

Démoralisés par la perte de leur chef, les hommes-bêtes se débandèrent, complètement paniqués. Les survivants nains hurlèrent leur joie, avant de s’effondrer d’épuisement. La colonie naine était sauve. Contre toute attente, elle avait résisté à la horde de monstres, mais à un prix immense.

Quelques jours plus tard, une armée en provenance de Karak Norn arriva enfin, pour nettoyer la région et aider leurs frères exténués. Une expédition fut montée pour retrouver le cadavre de Durgrin, emporté par les flots. Mais nul trace de celui-ci ne fut trouvée, pas plus que du corps du shaggoth. Certains des anciens pensent que leurs corps ont été enlevés par les Dieux, pour qu’à jamais, ces deux guerriers rejouent encore et encore ce combat où la vaillance, la pugnacité et le sacrifice d’un seul nain permit de venir à bout de l’abomination la plus atroce…

Remarque
Ce chapitre est extrait du Liber Fanaticus n°6.
 
 

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