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ImprimerEnvoyer le dossier à un amiKhazad Zhuf, Le fort de la chute d'eau

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Chapitre 3

La forteresse de Khazad Zhuf s’érigea ainsi en quelques siècles à peine. Les premières grottes, travaillées par des générations successives de nains acharnés, furent transformées en pures merveilles pour les yeux des fils de Grungni. De nombreuses âmes naissaient, grandissaient et s’épanouissaient au beau milieu des halls gigantesques, qui sans atteindre la grandeur ni la majesté de ceux de Karaz-a-Karak, emplissaient de fierté le cœur de ses habitants.

Les premières veines de métal, d’or et de fer, furent vite épuisées sous le labeur incessant du clan Ironfoot. De nouvelles galeries furent creusées, de nouveaux gisements mis à jour. Des forges gigantesques furent érigées, fonctionnant inlassablement pour le plus grand bonheur des fils de Grungni.

Beaucoup de soucis provenaient pourtant du manque flagrant de combustible disponible dans la région, le charbon étant rare, et le bois très difficile à obtenir ; la Loren toute proche était ardemment défendue par ses secrets habitants, et les nains renoncèrent bien vite à s’approvisionner là-bas. Trop des leurs périssaient sous les flèches pernicieuses du peuple-fée, pour que les fils de Grungni s’entêtent à couper les arbres millénaires de cette forêt.

La solution provint alors des provinces proches de l’Empire, un partenariat commercial fructueux s’établissant dès lors avec les hommes. Les convois impériaux remontaient les routes commerciales naines, chargés de combustibles divers et variés et d’or, avant de redescendre, leurs convois remplis des produits des forges de Khazad Zhuf.

La prospérité se répandit dans la cité, mais tout n’allait pas au mieux pour le peuple de Grimnir.

Les nains forment un peuple fier et endurant, ils sont fermement décidé à protéger leurs familles et leurs biens ; mais leurs adversaires sont nombreux et avides de leur sang, et leur nombre ne semble jamais diminuer alors que le moindre des fils de Grungni tombant au combat est une perte irremplaçable pour son peuple.

Or la richesse de Khazad Zhuf, et sa relative vulnérabilité en comparaison des grandes forteresses renommées telles que Karaz-a-Karak, Zhufbar ou Karak Azul, en faisait une proie toute désignée pour leurs ennemis séculaires.

Ainsi les tribus de peaux vertes de la région en vinrent à faire plusieurs fois le siège de la forteresse ; à chaque fois elles furent repoussées, mais à chaque fois le prix à payer fut exorbitant. Les nains tirèrent leçon de ces combats répétés et développèrent un système de défense original.

La saga de Durgrin Ironfoot et du maître des fauves était très présente au cœur de la petite forteresse, le thane devenant un des ancêtres les plus révérés de la place. Le souvenir de la destruction du shaggoth inspira les ingénieurs de la forteresse, qui mirent en place des mécanismes originaux afin de se servir de la chute d’eau ayant donné son nom à la forteresse, comme d’une arme. Les écluses spéciales furent mises en place, afin de réguler le débit de la cataracte, des réservoirs souterrains furent construits afin de stocker d’incroyable quantité d’eau, et un système à bascule fut inventé pour diriger le flux de l’eau.

Les nains disposaient ainsi d’un ingénieux système défensif ; ils pouvaient à loisir transformer la cataracte en de fins filets d’eau tombant de part en d’autres du chemin menant vers l’entrée reculée de la forteresse, ou au contraire déchaîner la fureur des flots en une chute incontrôlable emportant quiconque se trouvant sur la chaussée.

Cette arme redoutable fut d’ailleurs utilisée dix ans avant que Magnus le Pieu n’unifie l’Empire : une horde de gobelins de la nuit menée par un puissant shaman, attaqua par surprise la forteresse des nains. Surpris en pleine nuit, largement dépassés en nombre, les guetteurs ne purent sonner l’alarme avant que les gobelins n’aient atteint les larges portes de la forteresse. Le thane Bofin Ironfoot mena une défense désespérée des remparts pendant que les ingénieurs actionnaient les mécanismes érigés par leurs parents. Les flots en furie se déchaînèrent sur la horde verte, emportant plus de la moitié de l’armée et leur shaman dans le précipice proche. Les nains purent alors massacrer les éléments les plus avancés de l’armée verte, qui ne pouvaient fuir, leur retraite coupée par les flots déchaînés. Les rares gobelins qui purent éviter la rage des nains répandirent la rumeur que la forteresse était défendue par les esprits de la rivière.

Pourtant aussi bête soit un peau verte, certains d’entre eux sont suffisamment rusés et intelligents pour comprendre le danger que représente l’attaque d’une forteresse naine aussi bien défendue de front, et plus personne n’attaqua de cette façon Khazad Zhuf. La pression que firent peser les ennemis des nains se concentra sur les routes commerciales et leurs avants-postes isolés, et pourtant la forteresse continuait de se développer à son rythme, le peuple de Grimnir creusant toujours plus profondément les entrailles de la montagne.

Les niveaux souterrains de la forteresse se succédaient alors que de plus en plus de richesses étaient mises à jour ; les nains découvraient des filons de fer et de cuivre à foison. Plus rare était l’or ou les pierres précieuses, mais le bien le plus rare de l’endroit était le charbon, presque inexistant. Les nains cherchaient ardemment la moindre veine de ce combustible pour alimenter leurs vastes fourneaux.

Ce fut lors d’une de ces recherches que les habitants de Khazad Zhuf rencontrèrent le fléau qui allait menacer leurs demeures pour les siècles à venir.

A force de creuser la montagne en tout sens, les mineurs de la forteresse débouchèrent sur une série de galeries récentes ; poussés par la curiosité, certains d’entre eux se firent un devoir d’explorer leur découverte, et aucun d’entre eux ne revint. En revanche, quelques jours plus tard, une horde d’hommes-rats envahit les tunnels nains par cette brèche qu’ils avaient eux-mêmes créé. Les guerriers de la forteresse livrèrent de terribles combats avant de repousser les skavens, pour cette fois au moins.

Les descendants de Durgrin Ironfoot mirent à jour la présence d’une vaste portion de l’empire souterrain des skavens. Ceux-ci ignoraient jusqu’à présent l’existence des nains, préférant se concentrer sur la forteresse de Karak Norn. Mais l’intrusion de mineurs nains dans leurs tunnels bouleversa leurs plans, les obligeant à essayer d’éliminer cette menace potentielle pour leurs plans visant à faire chuter Karak Norn.

Les assauts souterrains des skavens se multiplièrent, toujours plus violents, toujours plus sanglants. Cette guerre d’usure se poursuit encore aujourd’hui, alors que de plus en plus de galeries creusées par les hommes-rats sont mises à jour par les nains. Le peuple de Khazad Zhuf a acquis une grande expérience dans les combats souterrains, utilisant à merveille leur technologie et leur sens de l’ingénierie pour construire des pièges redoutables et mortels. Des fosses garnies d’acide, des scies circulaires dissimulées dans les murs, des mines à détonation différée, des contre-galeries destinées à faire s’effondrer des portions entières du sous-sol, des machines de fer et de feu ravageant les rangs serrés de la vermine souterraine…

Mais leurs adversaires font preuve chaque année d’une ruse et d’une fourberie sans égale, usant du meurtre et du poison pour affaiblir les points de défenses des nains ; si l’une de ces positions défensives naines qui parsèment le sous-sol de la forteresse venait à s’effondrer, les skavens pourraient lancer un assaut massif en plein cœur de la forteresse, pour y massacrer les femmes et les enfants.

Dernièrement, une série de violents combats a éclaté en sous-sol et en surface : une fois de plus, peaux-vertes et vermines à fourrure se sont alliés pour tenter de faire chuter la forteresse naine. Tandis que des hordes innombrables de gobelins de la nuit tentaient de submerger les défenses supérieures, des sapeurs skavens s’attaquèrent aux fondations des murs nains, pour les faire s’effondrer sous leur poids.

D’abord surpris, les nains réagirent violemment en déployant tout l’arsenal secret de la guilde des ingénieurs, au grand dam des anciens de la forteresse. Les canons à flamme et autres chars à vapeur écrasèrent les gobelins de la nuit par centaine, pendant que les haches et marteaux maniés par les fiers guerriers de la forteresse repoussaient vaillamment tous ceux qui tentaient de prendre pied sur les remparts.

En sous-sol, des petites unités de mineurs et de brise-fer menèrent une guerre d’escarmouche contre les sapeurs skavens. Peu de nains survécurent à ces violents combats, mais les hommes-rats n’eurent pas le temps de finir leur œuvre de destruction, et les murs de la forteresse virent une fois de plus le soleil se lever et éclairer les Montagnes grises.

Pourtant, ces combats affaiblirent encore une fois la forteresse naine, mais d’une façon inattendue.

En effet, le recours aux armes secrètes de la forteresse contre l’avis des longues-barbes, creusa encore plus un schisme politique naissant.

La forteresse de Khazad Zhuf est particulière au sein de l’empire nain, du fait de sa démonographie étonnante. En effet, le taux de natalité de la forteresse est bien plus élevé que dans les autres domaines des nains, et nombre de guerriers viennent à peine d’atteindre les quatre vingt années. De l’autre côté, le taux de mortalité, du fait des guerres incessantes, est très élevé aussi, mais ce uniquement au sein des classes d’âge moyen.

Ainsi, Khazad Zhuf se retrouve avec une population de jeunes en surnombre au regard des standards nains, et à l’inverse, avec de moins en moins d’adultes atteignant les trois cent années. En revanche, le nombre d’anciens, de longues-barbes, reste de même sensiblement plus élevé que dans les autres forteresses, à l’exception de Karaz-a-Karak, bien évidemment.

De facto s’est créé au sein de la forteresse de Khazad Zhuf deux camps antagonistes, l’un prônant la destruction des armes secrètes de la forteresse et le retour aux anciennes traditions. Ce parti mené évidemment par les longues-barbes de la forteresse, est sous la direction du vénérable seigneur des runes Zarack Battlehammer. Ce nain âgé de près de six cent ans est l’un des rares sages de la forteresse capable de maîtriser la science secrète des runes ; il garde jalousement ses secrets, jugeant ses apprentis trop tumultueux et aventureux pour être dignes d’accéder au savoir runique. Le vieux Zarack est extrêmement influent, notamment du fait de ses liens de parenté avec certains des plus puissants seigneurs de Zhufbar et de Karak Azul. Un nombre important de jeunes nains de la forteresse, désireux de faire leurs preuves auprès du seigneur des runes, ont rejoint son parti et ont rejeté toute utilisation d’armes nouvelles, allant du canon jusqu’à l’arquebuse, en passant par le gyrocoptère. Ils ont par contre rejoint la voie du combat traditionnel, recourrant à la catapulte et à l’arbalète pour aller au combat. Par le passé, Zarack Battlehammer a déjà accompagné au combat une armée naine ainsi constituée ; bien évidemment, le vieux nain amena aussi l’une des très rares et précieuses enclume du destin avec lui, pour faire s’abattre la fureur du peuple de Grungi sur ses ennemis.

Si un tel comportement renforça son influence au sein de la forteresse du fait de ses victoires éclatantes, nombre de critiques jaillirent de la part des nains des autres forteresses : une enclume du destin est un bien extrêmement rare et précieux, et son utilisation ne doit pas se faire à la légère dans le but d’appuyer une ambition politique, aussi noble soit-elle. Zarack a rejeté jusqu’à présent ces critiques, se contentant de faire remarquer que les nains devaient utiliser les cadeaux de leurs ancêtres pour faire rejaillir la gloire de leur empire.

En sens inverse, une seconde faction a vu le jour, menée par le Thane Gribdil Orkidum. Ce dernier prône l’utilisation des armes nouvelles, de l’arsenal secret des nains pour faire s’abattre la fureur de son peuple sur leurs ennemis, tout en limitant le risque de perdre inutilement leurs guerriers en nombre déjà réduit.

La majorité des jeunes nains de la forteresse ont été séduit par l’utilisation de ces armes aussi impressionnantes que destructrices ; la guilde des ingénieurs, qui soutient le thane Gribdil Orkidum, est enchantée de voir un tel engouement pour ses inventions, ce qui renforce d’autant son influence au sein de la forteresse. Cette influence se fait d’autant plus sentir que le seigneur actuel de la forteresse, Zamnil Ironfoot, semble partager les visions du thane Bofin et s’est montré favorable au développement d’armes capables de repousser les skavens, responsables de la mort de son père et de son épouse.

Cette situation, récurrente au sein de l’empire nain, est ici poussée à son extrême du fait de la spécificité démographique de la forteresse ; si un parti venait à voir ses jeunes nains rejoindre l’opposant, celui-ci perdait certes de l’influence, mais finirait aussi à long terme par disparaître. D’où une lutte d’influence entre nains, qui peut parfois tourner au désastre.

Ainsi récemment, une armée menée par des membres du parti traditionaliste, a été écrasée en rase campagne par une horde pouilleuse de skavens, alors que les longue-barbes de l’armée s’étaient entêtés pour emprunter ce chemin certes plus court, mais aussi plus dangereux. Les rares nains survivants ayant pu rejoindre le Khazad firent le récit du massacre aveugle qui s’en suivit, jetant la honte sur le parti traditionaliste.

Un autre coup dur survint peu de temps après, alors que le parti progressiste, mené par le seigneur Zamnil lui-même écrasa une horde deux fois supérieure en nombre de skavens dans les profondeurs de la forteresse, grâce aux canons à flammes récemment sortis des forges naines. Ce coup dur pour le seigneur des runes Battlehammer s’aggrava encore lorsque l’un des jeunes nains victorieux brandit bien haut l’étendard des longue-barbes massacrées quelques jours plus tôt dans la plaine ; les skavens, imbus de leur victoire, avaient eu l’arrogance d’amener ce trophée pour jeter la honte et le désespoir dans le cœur de leurs adversaires.

Rendus fous de rage, les nains se jetèrent dans la mêlée avec haine, massacrant les rats par centaines et remportant une large victoire.

Cette victoire des progressistes a largement renforcé leur position au sein de la forteresse, et beaucoup de jeunes nains ont depuis rejoint leurs rangs.

Zarack Battlehammer n’a cependant pas dit son dernier mot et prépare sa riposte ; l’un de ses ancêtres avait jadis participé à l’exploration de terres lointaines, par delà l’océan, où l’or coulait à foison. Certes, cette terre était emplie de dangers et de lézards sur deux pattes, mais le seigneur des runes a désespérément besoin d’un coup d’éclat pour redorer le blason de son parti.

De son côté, le thane Gribdil a eu vent des préparatifs du seigneur des runes, et a décidé de mener lui aussi une expédition d ‘exploration. Il ne doute pas de la fiabilité de ses armes à poudre noire, et prépare son départ en toute confiance.

La fierté et l’obstination des nains vont mener une grande partie de leurs ressources guerrières loin de chez eux, alors même que leurs ennemis se rassemblent déjà pour lancer une nouvelle attaque.

La forteresse risque de voir des jours sombres arriver ; mais les nains de Khazad Zhuf survivront encore à ce nouveau péril, comme leurs ancêtres le firent avant eux.

Remarque
Ce chapitre est extrait du Liber Fanaticus n°6.
 
 

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