

Le Journal de Wolf KandidCher journal,
Nous avons enfin touché terre ! Après de très longues semaines passées à récurer les latrines et le pont, j’ai aperçu la ligne verte des jungles de Lustrie à l’horizon. Nous sommes arrivés à Port-des-Pillards au crépuscule, et c’est le cœur triste que je quittai mes camarades. Ils avaient déjà pris mes affaires en souvenir de ma présence à bord de leur navire, en disant que j’allais leur manquer. Je n’ai pas eu le cœur à leur redemander mes effets personnels, je ne voulais pas qu’ils fussent trop chagrins non plus à cause de mon départ. Je me suis donc retrouvé dans cette bourgade marécageuse, animée, et… très odorante. La lumière commençait à faiblir lorsque je vis une auberge ouverte. Je commençais à avoir grand faim, et allai de ce pas dans l’établissement pour m’y restaurer. Mais le tenancier demanda d’abord à être « payé content ». Je lui répondis que bien évidemment, j’étais très content de pouvoir le payer, et que même si je n’avais plus une pistole sur moi, je savais encore travailler, et même dur ; j’étais devenu le prince des nettoyeurs de cuvettes ! Il est devenu tout rouge et m’a chassé hors de son établissement, refusant d’admettre les « petits plaisantins » (il a aussi lancé toute une volée de noms d’oiseaux que je n’ai pas bien saisie). C’est tout bonnement scandaleux, tu ne trouves pas ? Je décidai de mettre cela de côté pour aller dormir, car qui dort dîne paraît-il. Je me disais que j’aurais les idées plus claires le lendemain matin, pour organiser mon séjour « junglistique ». Je me couchais sur un banc pas très propre, adossé au mur de l’auberge. J’entendais les rires des marins qui devaient parler de voyages fabuleux, de créatures merveilleuses, de leur belle désespérée qui les attendait sagement à la maison… Je ne pouvais que soupirer à l’évocation de ces virils souvenirs, recroquevillé sur mon banc près de toi, journal.
Le lendemain matin, un agréable tour m’attendait. Au moment même où je m’étirai pour dégourdir mes membres, saluant notre astre, je reçus une bonne giclée d’eau fraîche sur le museau ! Eh bien je peux te garantir que cela réveille « presto », comme disent les Tiléens. Je m’aperçus qu’une servante avait vidé un seau de nettoyage par la fenêtre du premier étage de l’auberge. Quelle aubaine, une douche pour être propre toute la journée ! Cependant, je ne voulais pas que le patron m’aperçoive, et qu’il se rende compte surtout que j’avais bénéficié des vertus thalasso thérapeutiques de son établissement à l’œil et sans lui demander son avis. Je filai donc prestement vers les murs de la ville, riant encore sous cape de ce petit revirement de fortune.
J’ai discuté avec les gardes ce matin, ils m’ont déconseillé de m’aventurer plus loin, car « la jungle est dangereuse » affirment-ils. Pourtant, la lisière de la forêt tropicale semble chaude et accueillante, j’entends des gazouillis d’oiseaux, des chants de batraciens, je vois les fleurs multicolores qui illuminent les buissons de leurs pétales chatoyants ! Une vraie invitation pour un aventurier né comme moi ! Les gardes essayèrent de me retenir, puis se ravisèrent et reprirent leur poste en se gaussant de moi. Peu me chaut, cher journal, de leurs quolibets que je n’entendais déjà plus, le bruit de la jungle m’entourant déjà… Quand mon estomac commençait à crier famine, j’aperçus de superbes fruits jaune orangé gorgés de soleil, accrochés à un arbre. J’en saisis un et le mordis à pleines dents ; comme il était juteux !
Voilà, je n’ai plus faim et la journée s’offre à moi, pleine d’aventures et de surprises, sur ce nouveau monde. Je me suis à présent assis sur une souche d’arbre pour t’écrire, cher journal. Je n’oublie pas les vieux amis comme toi. J’ai cependant une légère douleur à l’esto
[NDLR : la feuille semble s’arrêter brusquement ici, à ce passage, comme si l’auteur avait précipitamment quitté sa plume. Penser à lui demander des comptes à son retour.]
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